03.07.2008
La chasse est ouverte
Le 18 juin dernier, comme vous le savez, le Parlement Européen (à une très large majorité: 367 voix pour; 206 contre et 109 abstentions) a adopté une directive européenne visant à instaurer des règles communes de rétention et d'expulsion des "sans-papiers" dans tous les Etats membres, et que ses détracteurs appellent très justement "la directive de la honte". C'était le premier texte en matière d'immigration qui ait fait l'objet de la procédure de co-décision (vote à égalité du Conseil des Ministres de l'Union et du Parlement Européen); l'occasion était donc donnée au Parlement Européen, seule institution représentant démocratiquement les citoyens européens, de s'opposer à cette directive "retour". Mais il n'en a pas été ainsi ; d'ailleurs, lors du vote final, beaucoup de députés européens du groupe socialiste ont voté pour (socialistes allemands et espagnols) ; d'autres, très courageux, se sont abstenus (socialistes britanniques) ; et certains, pas laches pour un sou, n'ont pas pris la peine de venir voter (parmi eux, les députés européens français - Verts ou socialistes - comme Vincent Peillon, Jean-Luc Bennahmias, Adeline Hazan ou encore Henri Weber).
Pour en revenir au fond de cette directive, celle-ci fixe des règles très répressives puisque d'une part, la durée de rétention d'un individu expulsable pourra être prolongée jusqu'à 18 mois [actuellement la durée de rétention au sein de l'Union Européenne varie de 32 jours (France) à une durée illimitée (Angleterre)] - la seule infraction commise par cet être humain aura été de fuir un pays non démocratique ou pauvre pour un pays censé respecter les droits et libertés fondamentaux de toute personne et lui offrir des conditions de vie décentes et un avenir meilleur, dessein totalement légitime auquel aspire toute personne - et que d'autre part, l'interdiction de revenir sur le territoire de l'Union pour toute personne expulsée sera de 5 ans, l'expulsion pouvant se faire hors de son territoire d'origine, vers un pays de transit où la personne n'aura aucune attache, et la directive n'excluant pas l'expulsion de mineurs, qui plus est isolés. Mais nos chères élites politiques nous ont rassurés; le Ministre de l'immigration et de l'identité nationale (ce n'est pas le mien) - [qui s'est félicité de l'augmentation sans précédent des reconduites à la frontière d’étrangers en situation irrégulière pour 2008, hausse de 80% pour les 5 premiers mois; et tant pis si la chasse aux "sans-papiers" met en péril la vie d'êtres humains] - nous a affirmé que le délai de rétention de 32 jours serait inchangé et qu'il ne serait pas possible d'expulser des mineurs. Quand on connaît les orientations politiques du gouvernement actuel et qu'on sait que les directives européennes, par définition, fixent aux Etats membres des objectifs contraignants à atteindre mais leur laisse le choix quand aux moyens pour les atteindre, on peut légitimement douter de la véracité de ses propos.
Le député européen français Patrick Gaubert (PPE = Parti Populaire ou Populiste Européen = droite, pour le coup, extrême droite) - vice président de la sous-commission des droits de l'Homme (tiens donc !) - a, quant à lui, trouvé un argument imparable pour défendre cette directive en affirmant que cette dernière "allait élever le niveau de protection dans les Etats membres où il est le plus bas". Mais on peut donner l'argument inverse en estimant que le texte s'aligne sur les règles des Etats les moins protecteurs et les plus répressifs, et qu'il va ramener les règles les plus protectrices des droits et libertés fondamentaux de certains Etats vers un niveau plus répressif et contraignant.
J'ai toujours été pro-européenne - je fais partie de ces jeunes qui se sentent avant tout citoyens du monde et d'Europe, et tant pis si ça fait démago - mais je m'oppose à cette Europe qui tend de plus en plus à être libérale économiquement, mais liberticide, sécuritaire et dangereuse humainement et socialement (et pourtant j'ai les pieds sur terre, je suis réaliste, je ne suis pas coco, je suis simplement lucide et humaine). Il est loin le doux rêve européen des pères fondateurs de l'Europe, rêve de paix, de justice sociale, de métissage des peuples et des cultures, d'humanisme.On a du souci à se faire pour l'avenir proche.
Rachida D.
19:30 Publié dans ce monde-ci n'est qu'une vallée de larmes | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : immigration, choisie, sans, papiers, identite nationale, europe, directive


